Yo-yo du prix de l’or : que faire ?
L’or et l’argent ont connu des mouvements spectaculaires en ce début 2026, passant de sommets historiques à une correction brutale. Ces fluctuations, alimentées par les sentiments changeants des investisseurs particuliers, les mécanismes algorithmiques de certains fonds et ETF et des facteurs macroéconomiques, permettent de rappeler quelques principes fondamentaux de l’investissement. La récente chute est-elle une correction nécessaire de l’exubérance précédente, ou s’agit-il du renversement plus fondamental de la tendance haussière qui caractérise le métal jaune depuis plusieurs années ?
La ruée sur l’or stimulée par le retail
Dès les premières semaines de l’année, l’or et l’argent ont bondi, pour accélérer la trajectoire haussière que les deux métaux avaient adoptée tout au long de l’année dernière.
La récente hausse est notamment le fruit des achats massifs d’investisseurs particuliers, que les experts financiers regroupent souvent par le terme “retail”. Ces épargnants retail effectuent souvent leurs placements en métaux via des ETF - pour Exchange Traded Funds ou fonds indiciels - comme le SPDR Gold Shares (GLD) ou l’iShares Silver Trust (SLV). Les flux entrants ont atteint des records : près de 370 millions de dollars dans les ETF or et 922 millions pour l’argent en un mois, poussant l’or au-delà de 5 500 $ l’once et l’argent vers 120 $ l’once.
Comme le légendaire investisseur Warren Buffett a expliqué, la demande pour l’or est typiquement stimulée par la peur. Et les investisseurs du monde ont de nombreuses raisons pour rechercher des valeurs refuges, à commencer par les tensions géopolitiques. Les menaces d’un conflit majeur en Iran s'ajoutent à la guerre en Ukraine et aux tensions entre la Chine et Taïwan.
Sur le plan économique, un dollar affaibli, les craintes d’inflation et des valorisations boursières historiquement très élevées ont amplifié cette ruée vers l’or, facilitée par l’accessibilité des ETF.
Ces hausses spéculatives ont créé une surchauffe, préparant le terrain à un retournement inévitable.
L’événement déclencheur : Trump choisit un président pour la Fed
Il est rare qu’un seul événement qui change à lui seul le sentiment du marché puisse être identifié. Mais le cas présent constitue une exception à cette règle.
Le 30 janvier, le président Trump annonce la nomination de Kevin Warsh comme prochain président de la Fed. Cet ancien gouverneur d’une banque fédérale, économiste de formation, est un choix qui rassure les marchés sur la stabilité monétaire. Warsh incarne une politique plus disciplinée, et est perçu comme un candidat crédible pour le poste qu’il prendra en mai. La crainte d’instabilité monétaire recule, ce qui renforce le dollar et incite à la prise de bénéfices sur l’or et l’argent, actifs qui ne produisent aucun rendement, aucun revenu régulier.
Ces ventes initiales pèsent sur le cours de l’or, qui chute de 3,2% en séance. L’argent corrige encore plus violemment, les investisseurs pivotant vers des actifs risqués, comme les actions. Le mouvement de baisse est enclenché.
Le rééquilibrage automatique des ETF amplifie la chute
Les ventes s’accélèrent avec les rééquilibrages mensuels obligatoires et automatiques des indices diversifiés, forçant la liquidation de volumes d’or et d’argent significatifs en fin de mois. En effet, l’envolée des cours de l’or et de l’argent ont conduit à des sur-pondérations de ces deux métaux dans des indices de référence, comme le Bloomberg Commodity Index. Ces acteurs doivent contractuellement rééquilibrer leurs portefeuilles pour retrouver les pondérations plus équitables entre différentes commodités.
Ces ventes de rééquilibrage, combinées à des ordres de vente déclenchés automatiquement par des algorithmes de trading, amplifient la baisse des cours de l’once d’or.
La panique des investisseurs retail met de l’huile sur le feu
Les prix ayant franchi des supports techniques à la baisse, certains investisseurs particuliers – souvent exposés à l’or et/ou à l’argent via des ETF à effet de levier – commencent à paniquer, car la baisse des cours déclenche des appels de marge. Un investisseur qui ne répond pas à ces appels de marge (faute de moyens par exemple) déclenche la liquidation automatique de sa position.
La spirale baissière s’accélère car les ordres de vente s’empilent, faute d’acheteurs dans un marché volatil.

Lors de la seule journée du 30 janvier, l’or perd 9% de sa valeur, sa plus importante chute en un jour depuis 40 ans. Quant à l’argent, le métal précieux voit le prix de l’once perdre 26% lors de la même journée.
Pour remettre tout cela dans le contexte, même après cette chute vertigineuse, les cours de l’or et de l’argent restent en hausse par rapport au début d’année.
Rappels de plusieurs principes d’investissement fondamentaux
Cette séquence – plusieurs trimestres de hausse graduelle du cours de l’or, frénésie ETF retail qui accélère la hausse, signal politique rassurant, rééquilibrage mécanique, puis panique – illustre très bien plusieurs risques auxquels un investisseur s’expose.
Le couple risque / rendement
C’est un des fondements de l’investissement. Plus un investissement vise un rendement élevé, plus il sera risqué. L’or, et les commodités de façon plus générale, constitue une classe d’actifs risquée, dont le prix peut fluctuer beaucoup. Il s’est d’ailleurs apprécié de 66% en 2025, surpassant la performance annuelle d’un grand nombre d’indices boursiers.
Mais il s’agit d’une classe d’actifs dont la valeur peut baisser - parfois rapidement - lorsque le sentiment de marché devient optimiste (ou “bullish”) et que les investisseurs se détournent des valeurs refuges.
Les performances du passé ne préjugent pas des performances futures
C’est la phrase clé qui est systématiquement incluse dans toutes les brochures décrivant des solutions d’investissement et que les intermédiaires et autres conseillers financiers ne cessent d’inclure dans leurs communications.
Et c’est vrai. Ce n’est pas parce que le cours de l’or - et de l’argent - avait atteint puis brisé plusieurs records historiques pour aller toujours plus haut en 2024 et 2025, que cette tendance doit se maintenir en 2026.
Le prix de l’or, comme celui des actions, de l’immobilier et des obligations, se fixe en fonction de l’offre et de la demande, qui sont influencées en permanence par les nouvelles fraîches qui impactent les conditions de marché. Donald Trump menace de bombarder l’Iran et d’attaquer l’actuel président de la Fed Jay Powell en justice ? Le cours de l’or est soutenu à la hausse. L’Iran et les US s’orientent vers une solution à l’amiable et la Maison Blanche nomme un économiste expérimenté et perçu comme un choix orthodoxe à la Fed ? Le niveau d’incertitude baisse et les prises de bénéfices sur le métal jaune se déclenchent en toute logique.
Les baisses sont souvent plus brutales que les hausses
Lorsqu’un vent de panique souffle sur les marchés, le mouvement de baisse peut se nourrir de lui-même. En effet, la baisse des prix déclenche des ventes algorithmiques et des appels de marge, qui stimulent des ventes supplémentaires qui pèsent sur le cours de l’actif. Une spirale infernale qui amplifie les corrections quand elles ont lieu.
Une purge saine avant un rebond ou un renversement de tendance ?
C’est évidemment la question que de nombreux investisseurs se posent. Après la forte chute du vendredi 30 janvier, le cours de l’or a poursuivi sa baisse le lundi 2 février, pour rebondir le lendemain. Comment se positionner pour la suite ?
Impossible d’y répondre de façon certaine et universelle, la bonne réponse dépend sans doute du profil et des convictions de l’investisseur, et peut donc varier d’un investisseur à un autre.
Mais il nous semble crucial de ne pas céder à la panique et de se poser la question de savoir si les raisons pour lesquelles vous avez décidé d’investir dans l’or sont toujours en place, ou si les conditions ont fondamentalement changé. Dans le second cas, il s’agit de revoir votre copie et d’ajuster votre thèse d’investissement.
L’or comme “hedge” et valeur refuge
Si vous avez décidé d’allouer une modeste partie de votre portefeuille à l’or, afin de protéger celui-ci contre une forte chute du marché actions, il n’est pas certain qu’il faille faire des ajustements dans l’urgence.
Après tout, l’environnement géopolitique est aujourd’hui bien plus incertain qu’il y a 2 ans, même si les menaces imminentes d’un conflit en Iran ou d’une invasion du Groenland semblent s’amoindrir. Dans le même temps, les valorisations boursières sont toujours proches de leurs sommets, ce qui peut faire craindre une correction sur ces marchés dans les trimestres à venir. Enfin, le niveau d’endettement de plusieurs grands États reste élevé, sans que les responsables politiques semblent enclins à les réduire fortement dans les années à venir.
Maintenant, nous pourrions vous décrire un scénario bien plus rose, avec des gains de productivité (grâce à l’IA) qui stimuleraient la rentabilité des entreprises, pour délivrer une croissance économique supérieure aux attentes et un contexte géopolitique qui s’apaiserait progressivement, à commencer par un accord de paix en Ukraine. Un tel scénario devrait profiter aux actifs risqués, comme les actions, mais peser sur le cours de l’or.
Pour celui ou celle qui a investi dans l’or pour faire effet de balancier, en cas de forte correction sur les marchés actions, ce second scénario ne devrait pas changer la donne, la baisse du cours de l’or étant alors censée être plus que compensée par la hausse des marchés actions.
L’or comme pari spéculatif
Chez Cashbee, nous ne sommes pas des grands fans de cette approche, car nous préconisons des investissements à long terme, intelligemment diversifiés et alloués selon le profil de risque de l’épargnant. Mais nous savons qu’elle existe.
Ne disposant pas de boules de cristal, nous n’avons pas de point de vue sur la direction du marché dans les jours et semaines à venir.
Maintenant, nous recommandons aux spéculateurs, intéressés de prendre une position pour parier sur la hausse (ou la baisse) de l’or, d’éviter le levier dans leurs paris. En effet, il est possible de financer une partie des positions prises par de la dette, soit en s’endettant directement, ou encore en investissant dans des fonds ou ETF à effet de levier.
Naturellement, cette stratégie amplifie les gains, mais aussi les pertes possibles. Mais surtout, elle peut conduire à des ventes forcées de la position, si l’investisseur ne peut pas répondre aux appels de marge. Qui peuvent arriver très vite quand le marché se retourne… comme les mouvements de ces derniers jours le démontrent.


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