Le paradoxe du Livret A

Le livret A : on l'adore, alors qu'il rapporte de moins en moins. Comment expliquer ce paradoxe ?

Quand on s’intéresse à l’épargne en France, le Livret A est incontournable. Quatre Français sur cinq en ont un, ce qui en fait l’outil d’épargne le plus populaire du pays. Au total, 460 milliards d’euros y sont déposés, à la fin janvier 2021. Et sa popularité n’a fait que grandir durant les récentes périodes de confinement et de couvre-feu. La collecte nette sur le Livret A (c’est-à-dire la différence entre les dépôts et les retraits) a dépassé les 6 milliards d’euros en janvier, et même les 7 milliards si on y ajoute la collecte sur le Livret de Développement Durable et Solidaire (“LDDS”). En 2020, ces deux livrets ont collectés plus de 30 milliards d’euros au total.


Cela peut paraître étonnant au regard de sa (très) faible rémunération, tombée à 0,50%, son plus bas historique, en février dernier. Pourquoi aimons-nous tant un produit d’épargne qui ne nous fait rien gagner, si l’on tient compte de l’inflation ?

À la défense du Livret A

Sur le banc des accusés, un instrument qui existe depuis plus de 200 ans. Il a été inventé sous Louis XVIII par Benjamin Delessert avec l’objectif révolutionnaire à l’époque de démocratiser la banque, jusqu’alors réservée aux nobles et aux bourgeois.

Une solution d’épargne liquide, sûre et accessible à tous

Pour ce faire, il a l’idée de créer un produit d’épargne sûr, qui se doit d’être  accessible au plus grand nombre. Le Livret A est né, offrant plusieurs avantages spécifiques.

Tout d’abord, toute personne, qu’elle soit  majeure ou mineure, peut ouvrir un Livret A. C’est sans doute ce qui explique le nombre très conséquent de Livrets A. En ouvrir un pour ses enfants ou petits-enfants est une tradition familiale pour de nombreux ménages.

L’argent qu’on y dépose reste toujours accessible. En termes financiers, la liquidité d’un produit désigne la capacité de l’épargnant de pouvoir y accéder et la rapidité avec laquelle il peut retirer son argent. Pour le Livret A, la liquidité est maximale.

Sur un Livret A, l’argent est en lieu sûr, car garanti par l’État. Quelque soit la banque dans laquelle vous avez choisi d’ouvrir ce livret, dans la pratique les fonds se retrouvent à la Caisse des Dépôts et Consignations, une banque détenue par l’Etat français. Par contraste, l’argent déposé sur les comptes courants ou comptes d’épargne classiques des banques bénéficient de la garantie offerte par le Fonds de Garantie des Dépôts (à hauteur de 100 000 euros par personne par banque) et non pas de celle de l’État. C’est une nuance, mais en matière d’épargne, il vaut mieux être précis.

Des avantages très appréciés, notamment en période d’incertitude

L’épargne forcée

En ces temps de mobilité restreinte, de couvre-feu, et de fermeture prolongée de nombreux magasins, les opportunités de dépenser son argent se sont structurellement réduites. La fermeture des remontées mécaniques par exemple illustre bien ce point. Les vacances au ski représentent typiquement une dépense importante pour un grand nombre de familles. Bon nombre d’entre elles n’ont pas pu partir à la montagne cette année et ont donc pu mettre de côté un peu, ou même beaucoup plus que d’habitude.

Une période anxiogène

La crise sanitaire pèse également sur le moral de la population, et stimule naturellement une certaine anxiété. Nous ne savons pas de quoi le futur sera fait, et nous pouvons avoir de bonnes raisons de croire qu’il ne sera pas nécessairement rose. Il est alors tout naturel de vouloir mettre un peu plus de côté “au cas où”. De renforcer ce qu’on appelle dans le jargon, l’épargne de précaution, c’est-à-dire cette cagnotte dont nous pourrions avoir besoin pour faire face à un coup dur inattendu.

Le Livret A devient alors la solution évidente

Vous combinez ces deux facteurs et le Livret A devient tout naturellement le support vers lequel le surplus d’épargne est dirigé. En effet, ses principaux atouts - l’accessibilité permanente, la sécurité, la notoriété - sont justement les caractéristiques prioritaires à rechercher pour l’épargne de précaution. Quitte à faire des concessions sur les intérêts et à accepter de ne presque rien gagner.

Deux autres avantages pour le Livret A

Il est gratuit, vraiment

Cela peut paraître évident, l’ouverture et le maintien d’un Livret A est gratuit. “Et alors ?”, vous dites vous. Eh bien, cela mérite d’être mentionné car c’est de plus en plus rare pour les comptes bancaires courants ou sur livret classiques. En effet, les grandes banques facturent dans la très grande majorité des “frais de tenue de compte”. Selon une analyse effectuée par Monabanque, au 1er février 2021, 87% des 128 banques incluses dans leur étude facturent ces frais, pour un montant moyen de 24,55 euros par an. Dit autrement, en laissant dormir votre épargne sur un compte à la banque, non seulement vous ne recevez aucun intérêt, mais en plus, cela vous coûte !

Les (maigres) intérêts versés sur le Livret A ne sont pas imposés

Contrairement aux intérêts perçus sur des livrets d’épargne classiques, ceux versés sur le Livret A sont non-imposables. Le taux de 0,5% représente donc le rendement brut mais aussi le rendement net du Livret A. Sur un niveau d’intérêt aussi bas que celui d’aujourd’hui, l’impact de la fiscalité est faible, mais il ne faut pas l’ignorer.

La critique du Livret A

Une solution d’épargne plafonnée

Le premier reproche fait au Livret A concerne son plafond. Les dépôts sur le Livret A ne sont rémunérés que dans la limite de 22 950 euros par personne (et une personne n’a droit qu’à un livret A). Bon nombre de Livrets A sont d’ailleurs saturés, obligeant leurs détenteurs de chercher d’autres placements s’ils souhaitent faire travailler leur argent.

La rémunération du Livret A au plus bas historique

Nous l’avons évoqué à plusieurs reprises, mais depuis février 2020, le taux du Livret A, établi par le Ministère de Finances a été fixé à 0,50%, un niveau historiquement bas. Ce qui n’est pas nécessairement entré dans les mœurs puisqu’un sondage effectué par la Banque de France l’année dernière révèle que seuls 3 Français sur 10 connaissaient le taux d’intérêt du Livret A.

Des alternatives au Livret A pour l’épargne de précaution

Le Contrat assurance vie en euros

Alors que faire lorsque son Livret A est saturé ou si l’on cherche une alternative à ce support, si peu rémunéré ? Les solutions sont rares, mais elles existent. Tout d’abord, il y a le contrat assurance vie en euro. L’épargne versée sur ce support est à capital garanti, ce qui veut dire que la société d’assurance garantit que vous ne pouvez pas subir de pertes. Contrairement à une idée reçue, l’épargne y reste accessible et n’est pas bloquée. Le rendement (brut) sur ce type d’assurance vie n’a cessé de se réduire depuis des années, mais se situait malgré tout aux alentours de 1% en 2020. À la grande différence du Livret A, cette rémunération s’applique sans limite de montant.

Les super livrets

Les super livrets constituent une seconde alternative au Livret A pour l’épargne courte. Quelques banques proposent en effet des intérêts bien supérieurs à la moyenne sur leurs comptes d’épargne à vue. Via l’application Cashbee par exemple, vous pouvez ouvrir un compte d’épargne chez notre banque partenaire My Money Bank, qui verse un taux bonifié de 2% pendant quelques mois, puis 0,6%. Si le taux bonifié ne s’applique que dans la limite de 75 000 euros, ce compte d’épargne peut recevoir jusqu’à 10 millions d’euros.

Pourquoi ces quelques banques proposent-t-elles un niveau de rémunération aussi attractif (relatif au 0,05% que la plupart des grands réseaux bancaires offrent sur leurs livrets d’épargne classiques) ?

L’explication se trouve dans leurs modèles d’affaires. Elles ont fait le choix délibéré de ne pas avoir d’agences bancaires. Elles ne possèdent donc pas de moyens naturels pour attirer les dépôts des épargnants. Contrairement aux grandes banques de réseau, qui ont trop de dépôts, elles en cherchent activement pour financer leurs activités. Pour les attirer, elles proposent donc des taux d’intérêt comparativement élevés sur leur comptes d’épargne à vue.

Distinguer entre épargne de précaution et épargne longue

Mais ne nous y trompons pas, les contrats assurance vie en euro et les super livrets ne constituent pas la solution pour les épargnants à la recherche de rendements attractifs. Mais les rendements plus élevés vont nécessairement de pair avec une certaine prise de risque.

Nous ne recommandons pas d’aller viser ces rendements plus élevés avec votre épargne de précaution. Celle-ci doit être disponible en cas d’imprévu, donc pas question de remettre en cause sa disponibilité, ou de prendre le risque d’en perdre une partie. Pour cette partie de votre épargne, un savant cocktail de Livret A, super livrets et/ou de contrats assurance vie en euros fera très bien l’affaire.

En revanche, il n’est pas optimal d’allouer la totalité de votre épargne à ces supports, certes liquides et sûrs, mais qui rémunèrent peu.

Il s’agit donc de distinguer entre deux poches d’épargne : l’épargne de précaution d’une part, et l’épargne longue d’autre part. Pour la seconde, nous recommandons d’aller rechercher un rendement plus élevé, selon vos projets de vie, l’horizon de placement et votre goût pour le risque.


Comment ? Soit vous êtes très à l’aise en finance, et alors à vous le monde des actions, des obligations, des ETF, de la pierre-papier et des commodités, pour constituer votre portefeuille d’investissements. Soit vous n’avez pas nécessairement le temps ni l’appétence pour vous lancer seul. Auquel cas les solutions simples et parfaitement sécurisées sont accessibles sur votre smartphone, via l’application Cashbee.



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