Et si on revenait aux bonnes vieilles méthodes pour valoriser une action ?
Il y a quelque chose de rassurant dans les vieilles techniques. En cuisine, en bricolage, ... et en investissement aussi. Alors que les valorisations de la tech et de l'IA donnent le tournis depuis plusieurs trimestres, de nombreux gérants tirent la sonnette d’alarme sur les valorisations qui atteignent des sommets historiques. Pour eux, mieux vaut revenir aux méthodes de valorisation plus traditionnelles, plus simples, et plus éprouvées.
Le problème des actifs sans flux de trésorerie
Prenons un peu de recul. Une action, fondamentalement, c'est une part d'une entreprise qui génère (ou génèrera) des bénéfices et des flux de trésorerie. Sa valeur devrait donc, in fine, refléter la capacité de cette entreprise à produire de l'argent dans la durée.
Le problème, c'est que certains actifs n'ont pas, ou plus, grand-chose à voir avec cette logique. Leur prix ne repose plus que sur une conviction partagée : celle que quelqu'un d'autre sera prêt à payer plus cher demain. Cela a un nom : la spéculation. Les tulipes hollandaises du XVIIe siècle, les NFT, le bitcoin ou même certaines cartes Pokémon en ont fait l'expérience. Tant que l'engouement dure, les prix montent. Le jour où il retombe, plus rien ne soutient leur valeur.
L'introduction en bourse récente de SpaceX a été analysée par plusieurs observateurs des marchés comme un signal possible : celui d'un début de dégonflement de la bulle technologique. Une fois passées au crible des méthodes de valorisation classiques, dont notamment les flux de trésorerie futurs actualisés, et la valeur des actifs au bilan, certaines valorisations de la tech paraissent difficilement justifiables. À leurs niveaux actuels, elles ne laissent que très peu de marge de sécurité pour l'investisseur qui prend un risque important.
Les deux grandes méthodes classiques
Il existe schématiquement deux grandes approches pour évaluer une entreprise cotée, et les deux restent d'une utilité précieuse aujourd'hui :
L'approche par les flux futurs
Elle consiste à estimer les bénéfices et la trésorerie qu'une entreprise devrait générer dans les années à venir, puis à ramener ces profits des années à venir à leur valeur actuelle. C'est l'approche privilégiée par les investisseurs orientés croissance. Bien sûr, cette stratégie a ses limites : elle repose sur des hypothèses, parfois lointaines et incertaines.
L'approche par les actifs
Elle consiste à regarder ce que vaudraient réellement les actifs d'une entreprise (usines, brevets, immobilier, trésorerie) si on les vendaient séparément. Et d’ensuite comparer ce montant à la valeur boursière de l'entreprise (capitalisation plus dette). Plus les deux chiffres sont proches et plus le cours de bourse sera jugé comme étant attractif. Car un cours de bourse égal à la valeur des actifs de l’entreprise ignore, par construction, tous les profits futurs éventuels et toutes les opportunités de croissance. C'est l'approche privilégiée par les investisseurs dits "value".
Ni l'une ni l'autre n'est infaillible. Mais les combiner permet de se poser la bonne question à chaque fois : est-ce que je suis correctement rémunéré pour les risques que je prends, par rapport à ce que me rapporterait, disons, une obligation d’État ou un livret sans risque ?
La discipline paie sur la durée
Deux raisons principales expliquent pourquoi s'en tenir à ces règles de valorisation traditionnelles, même "démodées", reste payant sur le long terme.
D'abord, elles protègent contre les mauvaises surprises. Quand une entreprise cotée déçoit — un produit qui ne décolle pas, un marché qui se retourne —, le fait d’avoir acheté ses actions à un prix raisonnable limite fortement la casse. Payer trop cher, à l'inverse, ne pardonne pas.
Ensuite, elles permettent de repérer des opportunités là où la foule ne regarde pas ou peu. L'exemple d'Intel est parlant : il y a deux ans, le titre se traitait proche de sa valeur intrinsèque. Sa capitalisation boursière correspondait à ce que valaient réellement ses usines, sa position de marché et sa propriété intellectuelle, alors même que ses profits de trésorerie étaient au plus bas. La plupart des analystes du secteur technologique recommandaient de vendre, car ils raisonnaient en multiples de profits plutôt qu'en valeur d'actifs. Ceux qui ont regardé la valeur intrinsèque d’Intel ont vu une opportunité que la majorité du marché ignorait. Personne ne pouvait prédire à l'époque qu'un nouveau directeur général serait nommé ou que les résultats s'amélioreraient, et aussi rapidement et massivement. Mais le simple fait d'acheter à un prix bas a fait toute la différence par la suite.
Pour reprendre l’exemple de SpaceX, c’est tout l’inverse. Il suffit que les plans très ambitieux d’Elon Musk ne soient pas exécutés à la perfection, ou qu’un imprévu dévie la société de la trajectoire exponentielle qu’elle est censée adopter, pour que le cours de bourse ne fasse plus sens … et dévisse.
Prendre de la hauteur face à la volatilité du court terme
Un des pièges les plus courants pour un investisseur particulier est de réagir aux mouvements de marché du jour au lendemain. Or, il est souvent plus simple d'avoir une conviction sur ce que vaudra une action dans cinq ans que de deviner ce qu'elle fera dans cinq semaines.
Les résultats trimestriels spectaculaires, un bénéfice multiplié par quinze, une annonce très optimiste, … peuvent faire bondir un cours de plus de 10 % en une séance. Mais il arrive que ce rebond ramène simplement le titre au niveau où il se trouvait quatre jours plus tôt. Le bruit de court terme peut être trompeur. La tendance de fond, elle, se lit sur plusieurs années.
Une bulle tech qui se dégonfle, mais pas tout le marché
Le fait que certains segments de la tech affichent des signes de surchauffe ne signifie pas que l'ensemble des marchés actions soit surévalué. Bien au contraire : de nombreux segments, comme les foncières immobilières, les valeurs industrielles, les entreprises de croissance en dehors du secteur technologique, continuent de s’échanger à des multiples raisonnables au regard de leurs actifs ou de leurs perspectives de flux de trésorerie futurs.
Les vagues d'OPA et de rachats observées récemment sur certains marchés, notamment en Europe, en sont souvent le symptôme. Quand un acquéreur industriel ou financier estime qu'une entreprise cotée vaut plus que son cours de bourse, il est parfois tenté de la racheter directement plutôt que d'attendre que le marché s'en aperçoive.
D'autres méga-introductions en bourse sont annoncées pour les prochains mois. Chacune aura sa propre histoire, ses propres fondamentaux, et méritera d'être jugée sur ses propres atouts et forces plutôt que sur l'engouement du moment.
Les méthodes de valorisations classiques ne sont pas nécessairement désuètes
Investir en actions ne devrait jamais ressembler à un pari sur la mode de demain, que ce soit celle d'un tableau, d'une crypto-monnaie ou d'une action à la hype retentissante. La meilleure protection, sur la durée, reste la discipline : comprendre ce que l'on achète, ce que cela vaut réellement, et s'assurer d'être rémunéré à la hauteur du risque pris.
Ce n'est pas la promesse d'éviter toute volatilité, car les marchés en connaîtront toujours. Mais c'est un cadre solide pour traverser les phases plus incertaines sans perdre le cap, et pour reconnaître, le moment venu, les véritables opportunités que d'autres auront laissées de côté.
Avertissement : Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Investir comporte des risques, notamment de perte en capital.





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