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La liquidité d'un placement, c'est quoi au juste ?

Publié le :
17.06.2026
Mis à jour le :
17.06.2026
EN BREF

Quand on parle investissements, les spécialistes parlent souvent de rendement et de liquidité. Le premier concept est plutôt bien compris par les épargnants, mais le second n'est pas toujours aussi évident à saisir. De quoi s'agit-il exactement ?

Quand on parle d’un investissement, on pense presque toujours au rendement. C’est naturel : l’épargnant veut savoir combien il peut gagner, ou au contraire combien il risque de perdre. Mais il existe une autre question, souvent sous-estimée, et pourtant essentielle : à quel moment pourrais-je récupérer mon argent ? C’est cela, la liquidité.

La liquidité mesure la facilité avec laquelle un placement peut être transformé en cash, rapidement, et sans forte décote par rapport à un prix affiché. Autrement dit, un actif liquide est un actif dont on peut sortir sans trop de délai ni trop de perte de valeur, par rapport à sa cotation du moment. À l’inverse, un actif illiquide peut être rentable sur le papier, mais frustrant, voire dangereux, si l’épargnant a besoin de récupérer ses fonds plus tôt que prévu.

Pourquoi la liquidité compte autant

La liquidité n’est pas un sujet théorique réservé aux professionnels de marché et autres traders. Elle devient très concrète dès qu’un investisseur change de projet, fait face à une dépense imprévue, ou veut simplement arbitrer son patrimoine. Un placement peut sembler excellent tant qu’on n’a pas besoin d’en sortir ; le jour où cette sortie devient nécessaire, le diagnostic peut changer brutalement.

C’est pour cela qu’un bon investisseur ne limite jamais son analyse au rendement affiché. Deux placements peuvent offrir une rentabilité proche, mais si l’un est négociable en quelques heures et l’autre seulement en plusieurs semaines, mois, voire plus, le risque économique réel n’est pas le même. La liquidité fait donc partie intégrante de la qualité d’un placement, au même titre que le rendement et le risque de perte en capital.

Les SCPI, un bon exemple

Les Sociétés Civiles en Placement Immobilier (ou SCPI) sont un excellent cas d’école. Elles ont longtemps été perçues comme des placements simples, délivrant des revenus réguliers et relativement faciles à revendre. En pratique, la liquidité dépend fortement du marché des souscripteurs et des vendeurs : quand trop de porteurs de parts veulent les vendre en même temps, les ordres s’accumulent et les délais s’allongent.

Or, il est instinctivement facile de comprendre que justement au moment où le nombre de vendeurs s’accroît, le nombre d’acheteurs potentiels se réduit. 

Les chiffres récents montrent bien cette tension. Au 31 décembre 2025, l’ASPIM indiquait un stock total de 2,8 milliards d’euros de parts de SCPI en attente de rachat, soit environ 3,1% de la capitalisation du marché des SCPI. 

Et au 31 mars 2026, il y avait encore 2,44 milliards d’euros de parts en attente. Il s’agit de montants très significatifs, qui montrent que le sujet de la liquidité n’est pas marginal et affecte de très nombreux épargnants individuels, dont bon nombre pensaient sans doute qu’il était toujours possible de vendre leurs parts de SCPI, et cela en quelques semaines.

Le problème est concentré sur un nombre limité de véhicules. L’ASPIM précise que 15 SCPI, gérées par 7 sociétés de gestion, regroupaient environ les trois quarts des parts en attente fin 2025. Autrement dit, la tension de liquidité n’est pas diffuse : elle se concentre sur certains fonds, dont Primopierre, Épargne Foncière, Perial 2 et Patrimoine Commerce, souvent exposés à l’immobilier de bureaux.

La dette privée, même promesse, même tension

La dette privée a, elle aussi, été rattrapée par la question de la liquidité. Ce type de placement est souvent présenté comme une source de rendement attractive, avec un risque supposé maîtrisé et une relative décorrélation des marchés cotés. Mais cette promesse repose sur un point clé : la possibilité de tenir une liquidité suffisante lorsque les investisseurs veulent sortir.

Le Financial Times a rapporté que des investisseurs avaient retiré plus de 7 milliards de dollars de plusieurs grands fonds de Wall Street à la fin de l’année précédente, sur fond d’inquiétudes liées à la qualité du crédit. Ce chiffre est important parce qu’il montre qu’un stress de liquidité peut frapper des fonds de grande taille, même dans un univers supposé sophistiqué et largement institutionnel.

Mais quand la vague des demandes de retrait devient trop importante, même de très gros fonds, gérés par des gestionnaires de renom, sont obligés d’imposer des limites sur les ventes. Ainsi, un des fonds de crédit privé phares d’Apollo a vu des demandes de rachat atteindre 11,2% des parts, alors que le fonds appliquait une limite de retrait de 5%. Cela illustre très bien le décalage entre la liquidité “promise” et la liquidité réellement disponible en période de tension.

Le concept du "gating"

Les fonds qui imposent des limites sur les retraits le font typiquement en se basent sur les clauses de “gating” (mot anglais qui traduit le concept de porte de sortie), incluses dans leur documentation contractuelle. 

Le gating est un mécanisme de gestion des rachats utilisé par certains fonds qui investissent dans des actifs peu liquides. Quand le volume des demandes de sortie devient trop élevé, le fonds peut limiter temporairement les retraits à un certain pourcentage des encours, ou à un plafond défini dans ses documents juridiques. Cela afin d’éviter le scénario où elle soit obligée de vendre à la casse des actifs du fonds, pour honorer les retraits demandés par ses investisseurs.

Concrètement, si un fonds reçoit plus de demandes de retrait qu’il ne peut en exécuter sans vendre ses actifs dans de mauvaises conditions, il active un “gate”. Les demandes excédentaires ne sont pas forcément annulées ; elles peuvent être reportées sur une période suivante, selon les règles prévues par le fonds. Le but est de lisser les sorties et d’éviter une vente forcée qui pénaliserait les porteurs restants.

Le gating n’est donc pas un outil de confort pour la société de gestion. C’est un mécanisme de protection, pensé pour éviter une destruction de valeur. Dans un fonds investissant dans des prêts privés, des immeubles non cotés ou des actifs dont la vente prend du temps, il devient souvent la seule manière de concilier des retraits massifs avec une gestion prudente du portefeuille.

Toujours est-il que lorsque le mécanisme est appliqué, l’épargnant vendeur n’a d’autre choix que d’attendre.

L’application du gating

Le gating s’applique généralement dans des situations de stress de liquidité. C’est le cas lorsque les demandes de rachat dépassent la capacité du fonds à céder ses actifs dans des conditions correctes de marché. Il peut être déclenché à partir d’un seuil contractuel, mais la logique de fond est toujours la même : éviter de vendre dans l’urgence.

Dans la dette privée, ce mécanisme est particulièrement pertinent parce que les prêts sous-jacents ne se revendent pas aussi facilement qu’une action cotée. Dans les SCPI, la logique est comparable : si trop d’associés veulent sortir en même temps, la revente des parts devient lente, voire impossible immédiatement, faute d’acheteurs au prix souhaité. Le gating permet alors de gérer ce déséquilibre entre l’offre de sortie et la capacité du fonds à absorber ces sorties.

Liquidité affichée vs. liquidité réelle

L’une des erreurs les plus fréquentes chez les investisseurs consiste à confondre liquidité affichée et liquidité réelle. Un produit peut être présenté comme facilement revendable “dans des conditions normales de marché”. Mais dès qu’un choc survient, comme par exemple une crise dans le secteur de l’immobilier de bureaux, la capacité de sortie peut se détériorer très vite.

C’est exactement ce que montrent les tensions récentes sur les SCPI et la dette privée. Dans les deux cas, le marché semblait offrir une sortie régulière ; dans les deux cas, les files d’attente, les plafonds de retrait ou les restrictions temporaires ont rappelé que la liquidité est conditionnelle, et qu’elle disparaît au moment où le plus grand nombre d’investisseurs la recherchent. 

Les bons réflexes avant d’investir

Avant d’acheter un placement, il faut se poser trois questions simples. 

Premièrement : combien cela rapporte-t-il, en moyenne et dans le meilleur des cas ? Nous rappelons que pour répondre à cette question il s’agit de raisonner net de frais de gestion évidemment. 

Deuxièmement : combien puis-je perdre, et dans quels scénarios ? Il s’agit de bien définir le couple risque / rendement.

Troisièmement : quand et comment vais-je pouvoir récupérer mon argent ? Et sur cette dernière question, il est crucial de bien prendre en compte tous les scénarios possibles, et pas uniquement le scénario le plus probable ou le plus favorable.

La question de la liquidité est malheureusement trop souvent reléguée au second plan, alors qu’elle conditionne la vraie liberté de l’épargnant. Une performance cible n’a de sens que si elle est compatible avec l’horizon de placement et les besoins de trésorerie de l’investisseur. Il vaut parfois mieux accepter un rendement un peu plus modeste sur un produit liquide, qu’un rendement théoriquement plus élevé sur un support dont la sortie est incertaine.

Ce qu’il faut retenir

La liquidité d’un placement, ce n’est pas un détail technique. C’est une composante fondamentale du risque et du confort de détention. Un placement peut être séduisant sur le papier, mais perdre beaucoup de son intérêt si l’argent n’est pas disponible au moment voulu. A minima, s’il existe un risque de liquidité, il doit être pris en compte dans le rendement visé, qui doit compenser l’investisseur pour ce risque.

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