La punition SWIFT

Mar 1, 2022

Impossible de passer à côté : la Russie tente en ce moment d’envahir l’Ukraine, dans ce qui constitue le plus important conflit armé sur le sol Européen depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les pays membres de l’OTAN, impuissants militairement, car non liés à l’Ukraine par le principe de défense collective, ont néanmoins décidé d’imposer à la Russie des sanctions économiques inédites. Parmi ces dernières : la décision d’exclure les banques russes du système SWIFT. Mais alors, de quoi parle-t-on ?

Qu’est-ce que le système SWIFT ?

SWIFT veut dire Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications, un titre très long qui désigne un concept très simple : un réseau de messagerie interbancaire. Ce système, créé en 1977 et basé à Bruxelles, est aujourd’hui utilisé par 11 000 banques. Chacune possède son propre code SWIFT, que de nombreux Français connaissent sous le nom de “BIC”, vous savez : ce code qui figure sur votre Relevé d’Identité Bancaire (le RIB).

Pour autant, SWIFT n’est pas un simple système de paiement, c’est une plateforme de messagerie. Une sorte de WhatsApp, mais pour les banques. Et comme ce système très sécurisé et a été adopté partout dans le monde sauf en Corée du Nord, il est devenu le standard de référence. Si une banque veut “parler” à une autre, elle utilisera SWIFT.

La messagerie est donc aujourd’hui au cœur de milliers de milliards de dollars de transactions, et indispensable pour assurer le bon fonctionnement du marché du change.

Les banques russes membres de SWIFT 

Les banques russes utilisent donc naturellement SWIFT pour fluidifier leurs transactions internationales. Le système compte 291 banques russes parmi ses membres, qui, ensemble, représentent environ 1,5% des flux financiers exécutés sur SWIFT. Les institutions financières russes se placent ainsi à la 6ème place mondiale en termes de nombre de messages envoyés via la plateforme.

C’est très logique, car la Russie exporte des quantités considérables de pétrole et de gaz, que ses clients règlent en dollars. Elle importe de son côté de nombreux biens industriels et de consommation — de luxe, entre autres. Toute cette activité se traduit par des flux financiers considérables, que ses banques, et notamment les plus grandes VTB et Sberbank se chargent d’opérer… en utilisant SWIFT !

“You’ve been blocked”

Des transferts internationaux compliqués, voire impossibles ?

La proposition de couper (certaines) banques russes de leurs accès au système SWIFT est lourde de conséquences. Cela équivaut à ne plus pouvoir donner ni recevoir des informations sur les transferts financiers internationaux avec d’autres banques. Imaginez une discussion de groupe sur WhatsApp dont vous êtes soudainement exclu(e). L’effet est exactement le même. 

Dans ce contexte, il devient très compliqué pour les banques russes d’exécuter ou de recevoir des transferts d’argent pour le compte de leurs clients. Qu’il s’agisse de personnes physiques ou d’entreprises.

Une banque centrale désarmée à distance

La second aspect clé de cette mesure est qu’elle concerne également la banque centrale russe. Celle-ci possède 630 milliards de réserves de devises étrangères, c’est-à-dire un stock de Dollars américains et d’Euros. En temps normal, ces réserves sont là pour permettre à la banque centrale d’acheter des Roubles. En vendant des Euros ou des Dollars, elle peut ainsi soutenir sa devise nationale lorsque sa valeur faiblit, ce qui est le cas actuellement.

 

Sans accès au système SWIFT, cette arme pour soutenir le Rouble disparaît de son arsenal. 

Existe-t-il des alternatives au système SWIFT ?

En théorie, oui. Il n’y a pas de raison pour que d’autres systèmes de messagerie ne fassent pas l’affaire. Pour reprendre l’analogie de WhatsApp, on pourrait utiliser Telegram ou Messenger. Sauf que dans le monde financier il n’y a pas (encore) vraiment d’alternative à SWIFT. 

Alors, toujours en théorie, les banques concernées pourraient envoyer leurs instructions par e-mail ou les transmettre par téléphone. Mais dans la pratique, il est peu probable que des banques tierces acceptent de faire confiance à ces méthodes, particulièrement si de grosses sommes d’argent sont en jeu. 

Une alternative chinoise

La Chine a bien identifié l’importance du système SWIFT dans la tuyauterie financière mondiale, ainsi que son potentiel effet de levier diplomatique. Elle a donc créé un concurrent, appelé CIPS pour ne pas s’exposer à ce risque géopolitique. Mais ce système alternatif n’accepte pour l’instant que des flux libellés en Yuan. Difficile donc, pour les Russes, de basculer sur le CIPS. D’autant que, comme dit plus haut, les taux de change ne sont pas exactement en faveur du Rouble ces derniers temps.

Une arme à manier avec précaution

L’exclusion du réseau SWIFT est donc bien une sanction terrible pour l’économie russe. Mais apportons tout de même deux précisions. Premièrement, il faudra un peu de temps pour que ses effets soient pleinement ressentis, les banques Russes s’attendaient à cette sanction — qui était brandie par le gouvernement Biden depuis des semaines — et ont donc probablement pris leurs dispositions. Deuxièmement, la France et tous les pays d'Europe en souffriront indirectement. En effet, si cette sanction coupe la Russie du monde, elle coupe aussi, symétriquement, le monde de la Russie. Les importations et exportations depuis, et vers le pays vont devenir de plus en plus difficiles. La Russie en souffrira le plus, mais ce ne sera pas indolore pour nous.

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