Et s'il y a avait une guerre ?

Feb 15, 2022

Dans le large éventail des risques associés à l’investissement — risque de défaut, de liquidité, de fraude, de change…— on oublie parfois de mentionner celui, plus rare, mais potentiellement plus dangereux, d’un conflit armé.

La potentielle invasion de l’Ukraine par la Russie nous rappelle soudain qu’il n’a pas disparu.

L’analyse du risque, un principe fondamental

Dans sa forme la plus simple, l’investissement consiste à viser le rendement le plus élevé possible, pour un niveau de risque donné. Par construction, il faut donc en permanence identifier et mesurer les risques associés à tel ou tel placement, et les mettre en balance avec les gains potentiels réalisables.

Pour le dire très simplement, la question que se posent en permanence les experts est : combien je peux gagner, ou perdre, et avec quel degré d’incertitude.

C’est en cela que l'investissement se distingue du jeu et du hasard. Il ne s’agit pas de “tout jouer sur le rouge” à la roulette en espérant que la boule s’arrête sur la bonne case. Il s’agit d’évaluer de très nombreux facteurs qui peuvent faire évoluer les actifs à la hausse ou à la baisse. Charge à l’investisseur de décider ensuite si le jeu en vaut la chandelle.

Les risques directs

Prenons un exemple. Avant de placer une partie de son capital en actions LVMH, il s’agit pour l’investisseur potentiel d’évaluer les caractéristiques de la société elle-même : la qualité de son management (plutôt bonne au regard de la performance passée), la puissance et les parts de marché de ses marques, la profitabilité actuelle, la concurrence, l’évolution des marges et des coûts, les perspectives de croissance et j’en passe.

Les risques macro-économiques

Mais il doit aussi prendre en considération un contexte plus large. Nous savons par exemple aujourd’hui qu’il faut garder un œil sur le risque sanitaire. Une recrudescence du Covid pourrait conduire à la fermeture de frontières — ce qui pèserait sur la capacité d'approvisionnement des points de vente de LVMH — et le confinement de populations entières — qui réduit la possibilité de commercialiser ses sacs-à-main, malles et autres produits de luxe dans ses magasins physiques.

Le risque de guerre tombe dans cette catégorie. Un peu tombé dans l'oubli au cours  des dernières années (dans la majeure partie des grandes nations dites développées), les tensions élevées entre la Russie et l’Ukraine nous rappellent l’impact majeur que ce risque peut avoir.

Le conflit armé entre la Russie et l’Ukraine inévitable ?

Après avoir amassé de nombreuses troupes militaires sur la frontière du pays, la Russie semble plus que jamais proche d’envahir l’Ukraine. Le président Biden a recommandé à tous les ressortissants américains de quitter le pays. Il juge la probabilité d’une invasion de l’Ukraine par la Russie comme étant très élevée. Précisément, le début des hostilités serait possible avant la fin des Jeux Olympiques d’hiver, c’est-à-dire avant le 20 février.

En Europe, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Estonie et la Lituanie ont eux aussi recommandé à leurs ressortissants de quitter le pays. La compagnie aérienne néerlandaise KLM a annoncé ce weekend qu’elle suspendait ses vols vers l’Ukraine, et que ses avions éviteraient désormais cet espace aérien.

Jusqu’ici plutôt confiants dans une résolution pacifique de la crise diplomatique, plusieurs membres de l’OTAN se montrent de moins en moins optimistes et le consensus semble s’orienter vers un conflit armé.

Ceci étant dit, d’autres parties prenantes — à commencer par l’Ukraine elle-même — ne sont pas si alarmistes. Il faut aussi se demander si les déclarations de Biden ne font partie d’un agenda politique à part entière.

Une réaction immédiate violente

Dans la foulée des annonces de la maison blanche, les cours de bourse ont corrigé brutalement aux US. L’indice S&P500 a baissé de 1,9%, accusant donc une baisse totale de plus de 7% depuis le début de l’année. Pour le Nasdaq, où sont cotés les géants de la tech, c’est pire.

Qu’est-ce qui provoque cette baisse aussi importante et quasi-immédiate ? Est-ce tout simplement l’incertitude que crée un conflit armé, ou existe-t-il d’autres causes ?

Demande en hausse pour les actifs sûrs

Bien sûr, le risque de guerre pousse naturellement à la prudence. Dans le monde de l’investissement cela se traduit par la vente des actifs les plus risqués, comme des actions, en faveur d’actifs défensifs et sûrs, comme le cash, l’or ou encore les obligations d’Etat.

Pour se mettre à l’abri — “dé-risquer” leurs portefeuille si vous voulez — les investisseurs ont donc échangé leurs actions contre des bons du Trésor américain (les US Treasuries) par exemple. Sous l’effet de cette demande soudaine, leur prix a logiquement gonflé. Ainsi, le taux à 10 ans aux États-Unis est retombé en dessous des 2%, pour se stabiliser à 1,92%. Quant au prix de l’once d’or, il dépasse à nouveau la barre des 1800 Dollars.

Les facteurs aggravants

Le sujet de l’énergie

Les investisseurs n’aiment jamais trop la perspective d’une guerre, mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle les marchés décrochent. Une invasion de l’Ukraine par la Russie conduirait à des sanctions immédiates contre ce pays, imposées par l’Europe et les États-Unis. Poutine pourrait alors réagir et annoncer des contre-mesures à son tour. Parmi ces contre-mesures, une arme puissante : couper les exportations de pétrole et de gaz naturel russe.

La crainte d’un conflit armé est donc accompagnée de la crainte d’une réduction de l’approvisionnement en carburant. Et ce second risque fait très peur à lui seul.

En effet, l’approvisionnement de l’Europe de l’Ouest en gaz naturel est déjà compliqué. Les prix du gaz ainsi que du pétrole ont d’ailleurs déjà beaucoup augmenté l’année dernière. Mais vendredi dernier, le prix du baril de pétrole a grimpé de plus de 4% pour s’approcher de 95 dollars par baril. Car si le scénario des sanctions mutuelles venait à se réaliser, la demande pour l’or noir exploserait. Idem pour le gaz.

Le prix du pétrole impacte les coûts de production

Or la hausse du cours des hydrocarbures a un impact sur toutes les grandes entreprises industrielles, qui verront leurs coûts de production augmenter. C’est cet effet ricochet que les investisseurs craignent, au-delà de l’incertitude générale provoquée par un conflit armé.

Ainsi, c’est bien la combinaison de la crainte d’une guerre, de l’incertitude géopolitique qu’elle entraînerait et de la hausse du prix du pétrole qui provoque aujourd’hui l’appétit pour les actifs les plus défensifs.

Des opportunités à l’horizon ?

Les conflits armés ne peuvent-ils pas aussi présenter des opportunités de placement ? Force est de constater que, cyniquement, oui !

Les secteurs du pétrole et de l’armement

De façon spécifique, deux secteurs tirent déjà leur épingle du jeu : le secteur pétrolier (les entreprises comme Exxon, Total Énergies et Shell bénéficiant naturellement d’un cours du baril en hausse) et celui de l’armement et de l’aviation militaire. Les actions de Northrup Grumman et Lockheed Martin se sont ainsi appréciées de plusieurs pourcents à l’annonce de Biden. Faut-il y investir à votre tour, nous vous laissons juges…

Les actifs prudents

Dans la tourmente, les investisseurs tendent à se tourner vers des placements peu rémunérateurs, mais sûrs. Les fameuses “valeurs refuge”, comme les métaux précieux, le franc Suisse et les obligations d’État. Y diriger une partie de son épargne peut donc s’avérer rentable si les cours de ces actifs continuent de monter sous l’effet de cette demande.

Mais attention, car si l’environnement géopolitique se détend, l’appétit pour ces valeurs refuge fondrait comme neige au soleil.

Acheter au son du canon, vendre au son du clairon ?

Ce vieil adage soutient que le déclenchement d’un conflit armé est le bon moment pour investir. Les cours des actions auraient beaucoup baissé en anticipation de la guerre, c’est donc “à bas prix” qu’un investisseur courageux peut acquérir des titres.

Pour les revendre quand le conflit se termine ou que la situation géopolitique se stabilise. C’est beau en théorie, mais difficile à recommander.


En bref, le risque croissant et imminent d’une invasion de l’Ukraine par la Russie nous permet d’illustrer le risque de guerre, qui a des répercussions (financières et économiques) bien au-delà de la zone géographique directement concernée. Il s’agit d’en tenir compte dans le constitution de son portefeuille de placements, et potentiellement, de faire quelques ajustements. Mais sans céder à la panique ! Souvenez-vous que votre épargne à long terme est placée … pour le long terme. Et pour ceux qui ont mis en place des versements programmés mensuels, que vos prochains achats se feront à des cours plus attractifs.

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