Bernard Madoff, maître fraudeur (1938 - 2021)

Apr 19, 2021

La semaine dernière, après avoir servi 12 des 150 ans de sa peine d’emprisonnement, Bernard Madoff est mort en prison. L’occasion pour nous de tirer quelques leçons de la fraude financière massive dont il a été l’auteur opérée, et par laquelle il a réussi à voler des milliers d’épargnants.

Une pyramide de Ponzi de proportions historiques

La promesse 

Le schéma de Ponzi est un montage frauduleux vieux comme le monde. Il tire son nom d’un certain Charles Ponzi qui l’avait déployé à Boston dans les années 1920. Son escroquerie d’une quinzaine de millions de dollars fait pâle figure à côté de celle de Madoff, mais le fonctionnement reste le même.

Dans un premier temps, l’escroc propose un placement très attractif à des épargnants. Charles Ponzi promet des rendements de 50% en 90 jours en spéculant sur des coupons réponses internationaux de la poste. Bernie Madoff est plus modeste, et donc potentiellement plus crédible, lorsqu’il garantit des rendements d’environ 15% par an sans risque. Le secret, dit-il, est un savant mélange d’actions et d’achat / vente d’options, qui éliminent les risques à la baisse, et garantissent les bénéfices.


  1. Le Fraudeur : Il convainc quelques investisseurs avec des promesses de rendement extra-ordinaires et sûres.
  2. Les premiers investisseurs : Ils placent leur épargne chez le fraudeur et reçoivent (pendant un temps) les rendements attendus.
  3. Les investisseurs de 2nd niveau : D’autres épargnants observent le succès de l’opération et décident à leur tour de placer leur épargne chez le fraudeur. Leur épargne sert à verser les “bénéfices” au premiers.
  4. Toujours plus d’investisseurs : L’opération attire de plus en plus d’investisseurs, ce qui est nécessaire, car leur épargne sert à payer les épargnants qui les précèdent ! Il faut faire tenir la supercherie.

Dans les faits, l’argent des investisseurs n’est pas réellement déployé comme promis, mais utilisé pour leur verser les premiers dividendes mirobolants. Ce qui permet d’attirer de nouveaux investisseurs, dont les fonds seront utilisés à leur tour pour délivrer la performance promise. Et ainsi de suite. Concrètement : ce n’est pas le placement en lui-même qui délivre la performance, c’est l’argent des nouveaux arrivants qui finance les dividendes des anciens.

Pour que cela fonctionne, le fraudeur a donc un besoin permanent de nouvelles entrées d’argent. Sans cela, les investisseurs pourraient douter du placement et découvrir la supercherie. Mais Madoff a parfaitement géré son affaire et est au passage devenu très riche : penthouse à Manhattan, yacht luxueux (appelé “Bull”, en référence au bull market)... 

Quand la pyramide s’écroule

Mais un tel système ne peut pas perdurer à l’infini. Juste avant de s’écrouler, Madoff avait informé ses investisseurs que leurs placements valaient 65 milliards de dollars au total, alors qu’il n’avait réussi à collecter que 17 milliards de dollars d’investissements. Faites les calculs : il manque 48 milliards de dollars, auxquels les investisseurs croient qu’ils ont droit, mais qui n’existent en réalité que dans leur esprit.

En 2008, la crise financière pousse un certain nombre de ces investisseurs, parmi lesquels le metteur en scène Steven Spielberg, ou encore l’acteur Kevin Bacon, à demander un remboursement. Et c’est le début de la fin. Les demandes de retraits pleuvent, mais il est impossible pour Madoff de toutes les satisfaire. Sur chaque dollar que demandent les épargnants, Madoff n’en détient réellement que 25 cent. Un soir de décembre, il explique la supercherie à sa femme et ses deux fils. Ces derniers le dénoncent à la police le lendemain.

Des conséquences humaines tragiques

Madoff n’a pas plumé que des stars Hollywoodiennes. Il a aussi convaincu de nombreux petits porteurs de lui confier leur épargne. Le fonds de pension de la ville de Fairfield, l’association caritative juive Hadassah, la fondation de l’université Yeshiva à New York ont tous vu leurs fonds s’évaporer, les plongeant dans des difficultés financières majeures. Sur une échelle différente, la famille Wilpon, pourtant très fortunée, a dû vendre l’équipe des New York Mets, dont elle était propriétaire depuis des générations.

L’ampleur des dégâts est telle qu’à son procès, Madoff doit porter une veste pare-balle, par peur de représailles. À ce même procès le procureur général ne demande que 50 ans de prison (aux États-Unis, les peines pour certains crimes sont cumulables). Mais le juge Denny Chin impose la peine maximale de 150 ans, estimant que Madoff n’a pas commis “un crime financier sans effusion de sang… mais néanmoins un crime qui avait eu un coût humain inimaginable”.

La sentence est aussi lourde pour l’intéressé que pour sa famille. Son fils Mark se pend à la deuxième date d’anniversaire du jugement de son père, ne supportant plus les insinuations et les poursuites judiciaires à son encontre.

Ce qui est malheureux, c’est que de nombreuses arnaques du genre continuent de prospérer aujourd’hui — sans doute pas dans les mêmes proportions, certes. Et cela nous amène à quelques leçons clés.

Attention aux sirènes de l’argent facile !

15% par an ? Vraiment ?!

Pour qu’un régime Ponzi marche, il faut attirer le chaland. Comme évoqué plus haut, Bernie Madoff promettait un rendement de 15% par an, garanti sans risques. 

Le graph suivant, produit par Bespoke Research Group, montre la performance affichée par son fonds : un million de dollars placés chez Madoff en 1990 en valait (théoriquement) 6,75 en 2008 !


L’absence de volatilité est remarquable

Ce qui met tout de suite la puce à l’oreille, c’est la régularité extraordinaire des profits réalisés par Madoff. Des graphiques aussi lisses ne s’observent habituellement que sur certaines obligations peu risquées, dont la pente est bien moins raide. On ne double pas sa mise en cinq ans en misant sur les obligations de la plus haute qualité. 

Les investissements visant des rendements plus élevés sont nécessairement plus risqués. Ils peuvent certes faire de bons résultats sur une longue durée — comme celle délivrée par le fonds de Madoff — mais ils passent forcément par des hauts … et des bas. On dit qu’ils sont plus volatils.

Dit autrement, si quelqu’un réalise des performances comparables à celles d’un investissement en actions, mais avec la volatilité d’une obligation étatique, c’est qu’on ne vous a pas tout dit...

Méfiez-vous de l’opacité et du manque d’informations

Nous en avons parlé récemment dans notre article sur l’affaire Archegos. Quand une institution fait tout pour minimiser le partage d’informations, méfiez-vous. Madoff avait expliqué à de nombreuses reprises que son système était aussi simple qu’il était secret.

Les notes d’information envoyées aux clients étaient précises sur le rendement généré, mais manquaient cruellement de données sur les placements effectués par Madoff. D’ailleurs, la société de gestion de Madoff, pourtant parmi les plus importantes à New York, était auditée par un tout petit cabinet d'expertise comptable de seulement deux employés.

La recommandation est simple : avant d’investir, prenez le temps de comprendre le fonctionnement du placement. Et si celui ou celle qui vous propose ce placement ne vous parle que des gains potentiels, sans vous donner des informations claires sur la façon dont ils seront réalisés, méfiez-vous.

Ne vous reposez pas sur la réglementation

Mais pourquoi les régulateurs ne sont-ils pas intervenus ? Pourquoi la SEC a-t-elle laissé faire pendant si longtemps ? Ces questions reviennent à chaque fois qu’une nouvelle super-fraude défraie la chronique.

Tout faire pour protéger les petits porteurs

La réglementation dans le secteur financier, et notamment dans celui de l’épargne individuelle est très stricte. Son rôle principal est de protéger les épargnants individuels contre des tentatives de fraude (impersonification, intrusion informatique, propositions d’investissement frauduleux…). 

Mais malgré les moyens considérables investis sur le sujet, le secteur est vaste, les fraudeurs très nombreux, équipés et inventifs. Et ils partent avec un avantage considérable : leurs cibles sont crédules. C’est terrible à dire, mais le niveau d’éducation financière moyen rend 80% de la population très, très vulnérable à des arnaques même grossières. 

L’erreur est humaine

N’oublions pas que si des milliers d’investisseurs peuvent être trompés, les régulateurs aussi peuvent faire des erreurs, ou se laisser convaincre par la crédibilité apparente du fraudeur.

Avant sa chute vertigineuse, Madoff était Président du Nasdaq et l’une des figures les plus respectées de Wall Street. Ce statut prestigieux l’a certainement aider à déjouer les accusations du gestionnaire de fonds Markopolos, qui avait attiré l’attention des autorités sur le risque de fraude chez Madoff... à trois reprises ! Des alertes toutes classées sans suite.

Et ce n’est pas qu’un problème américain. Lorsque le Financial Times accuse en 2020 la fintech allemande Wirecard de fraude, la Bafin a elle aussi tourné le dos. Plutôt que d’investiguer la firme et ses dirigeants, les autorités allemandes choisissent d’attaquer le journal britannique en justice, l’accusant de contribuer à un effort de manipulation de marché. Aujourd’hui, l’un de ces dirigeants est en fuite, Wirecard a déposé le bilan, et plusieurs dirigeants de la Bafin, dont le directeur général, ont démissionné. 

Bref, la réglementation financière est un rempart solide, conçu, entre autres, pour protéger les épargnants contre les fraudes en tout genre. Mais le risque zéro n’existe pas. Rien ne vous exonère de votre devoir de vérification !


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