L’indice Big Mac

Aug 17, 2021

Un (petit) peu de théorie économique

Les biens devraient avoir le même prix, quelque soit la monnaie

D’accord la phrase n’est pas très élégante, mais elle exprime l’idée fondamentale formulée en 1918 par l’économiste suédois Gustav Casel. Selon lui, dans un monde économiquement parfaitement équilibré, ce que mille Roubles russes permettent d’acheter à Moscou devrait être exactement égal à ce que l’équivalent de ces mille Roubles exprimé en Euros (soit 12 euros au cours de change actuel) peuvent procurer à Paris, ou encore aux achats que l’on pourrait faire avec 14 US Dollars à Washington.

Pays

Cours de change, le 13/8/2021
(1 rouble = ?)

Donc 1000 Roubles correspond à

Russie

1 Rouble = 1 Rouble

1000 Roubles = 1000 Roubles

France

1 Rouble = 0,012 Euro

1000 Roubles = 12 Euros

États-Unis

1 Rouble = 0,014 US Dollar

1000 Roubles = 14 US Dollars


Notez la partie clé de la phrase précédente : “dans un monde économiquement parfaitement équilibré”. Dans ce monde, le pouvoir d’achat de toute somme d’argent serait exactement le même, quelque soit la devise. Que l’on ait mille Kwatchas zambien en poche, ou 47 euros, nous devrions pouvoir nous procurer exactement la même chose à Lusaka, la capitale de la Zambie, qu’à Marseille.

Cela semble logique et pourtant, malheureusement, ce monde théorique n’existe pas.

La doctrine de la parité du pouvoir d’achat est née

Et c’est ce concept que Casel a voulu mettre en évidence. Selon le principe de la parité de pouvoir d’achat, la valeur d’une monnaie devrait refléter son pouvoir d’acheter des biens. 

Prenons un exemple concret. Aujourd’hui, 1 euro vaut à peu près 1,17 dollars. Pour ceux qui adorent les grosses cylindrées, sachez que Mercedes-Benz affiche sa berline Classe S à un tarif de 106 000 euros sur son site web européen. La même voiture est proposée sur le site américain à la modique somme de 110 000 US dollars, soit 110 000 / 1,17 = 94 017 euros. C’est-à-dire 11,4% de moins.

Le fait que vous pouvez acheter l’équivalent d’une Classe S en dollars pour 11,4% de moins que l'équivalent d’une Classe S en euros, suggère que le dollar est sous-évalué par rapport à l’euro.

Un outil théorique pour comparer les devises entre elles

En théorie, nous devrions tous acheter des berlines de la marque allemande aux Etat-Unis, pour les revendre en Europe (pour l’exemple, nous ignorons les coûts de transports et les taxes d’importation) et empocher la différence. Pour cela, nous avons besoin de dollars que nous achèterons en vendant nos euros. Et à force de tous faire cette même opération de change, selon la loi de l’offre et de la demande, le cours du dollar se renforcerait par rapport à l’euro. Nos achats collectifs de la devise américaine pousserait son cours à la hausse contre l’euro.

Jusqu’où ? Jusqu’à ce que l’on retrouve la parité du pouvoir d’achat. C’est-à-dire, jusqu’à ce que 106 000 euros valent exactement 110 000 dollars, soit un cours de 1 euro pour 1,04 dollar.

En inversant ce raisonnement, nous pouvons donc comparer les devises entre elles, et identifier celles qui sont sous-évaluées par rapport aux autres. Et ça, c’est super utile pour un épargnant qui place son argent sur différents continents.

L’effet de change

Tout d’abord, l’observation de la parité du pouvoir d’achat lui fait prendre conscience du risque de change. Imaginons qu’un épargnant français ait placé une partie conséquente de son épargne dans des actions américaines comme Apple, Tesla, Procter & Gamble ou encore Walmart. Les cours de bourse de ces entreprises sont exprimés en dollars. Logique, puisqu’elles sont toutes basées aux US. Mais ce qui implique que si le dollar baisse contre l’euro, la valeur du portefeuille de notre épargnant perdra mécaniquement de la valeur.

Est-ce un risque important ? Oui quand même ! Le graphique suivant montre que depuis mars 2020, le cours de change EUR/USD est passé de 1,07 à 1,17 environ aujourd’hui. Donc si un épargnant a acheté des actifs en dollars au début de cette période pour les revendre ces jours-ci, l’effet de change lui aurait coûté 9% de sa mise, calculée en euros.


Source : Boursorama


Pour être clair, l’effet de change peut aussi jouer en la faveur de l’épargnant. Ainsi, dans les deux années précédentes, ce même cours de change à évolué de 1,25 dollars pour un euro, à 1,07. Soit une hausse du dollar de 15% qui a mécaniquement boosté le gain de tout placement en dollar exprimé en euro, pendant ces deux années.

Un lecteur avisé pourrait alors se dire qu’il suffirait d’utiliser la théorie de la parité de pouvoir d’achat pour identifier les devises sous-évaluées par rapport à l’euro. Une fois identifiés, il suffirait d’investir dans des actifs libellés en cette devise “faible” et attendre que la parité du pouvoir d’achat fasse son effet, et fasse remonter le devise sous-évaluée à sa juste valeur. L’épargnant bénéficierait alors de la hausse attendue de cette monnaie étrangère contre l’euro.

Premier défi : comment évaluer la valeur relative des monnaies entre elles ? 

L’indice Big Mac à la rescousse

Pour répondre à la question, de nombreux économistes se sont attaqués à la tâche, afin de comparer les niveaux des loyers, ou le coût du fameux panier de la ménagère dans tous les pays du monde. Mais on voit bien la difficulté à trouver une mesure commune pour comparer la valeur d’une monnaie à une autre. Car le panier du Français, contenant une baguette, un fromage affiné et le demi litre de rouge, n’a rien à voir avec le caddie du Chinois, rempli de riz, de sauce soja et d’une bouteille de Baijiu (oui, nous aimons bien les clichés !).

C’est pourquoi les journalistes du magazine The Economist ont eu l’idée lumineuse et ludique de se pencher sur le coût d’un produit qui s’est universellement imposé : celui d’un Big Mac.

Un produit parfaitement homogène, mais dont le prix varie 

La composition du Big Mac n’a pas changé depuis des décennies et est servie selon la même recette dans tous les McDonald’s du monde. La quantité de viande et le nombre de rondelles de tomates sont égaux que vous le commandiez à Lusaka (toujours la capitale de la Zambie) ou à Lille. Et donc une référence idéale pour évaluer, de façon ludique mais immédiatement saisissable, la parité de pouvoir d’achat.

L’indice traduit en US Dollars le coût du fameux hamburger dans chaque pays et les compare ensuite entre eux. En fixant le prix du Big Mac aux États-Unis comme point de référence, The Economist exprime ensuite en pourcentages la sur- ou sous-évaluation de chaque devise locale contre le dollar américain (uniquement sur la base du prix du Big Mac).

Et les résultats sont édifiants. Ainsi, au Vietnam, le sandwich américain coûte 69 000 dong. Cela peut paraître une grosse somme, mais dans la réalité, cela ne vous coûtera que 3 dollars pour acheter 69 000 dong. Donc un Big Mac vaut 47% moins cher au Vietnam qu’aux États-Unis. Cette étude (très partielle) indique donc que la devise vietnamienne est très largement sous-évaluée face au dollar.

Nous ne savons pas si le gouvernement américain consulte régulièrement l’indice Big Mac. Toujours est-il que les USA ont accusé le Vietnam de maintenir sa monnaie à un cours artificiellement bas, afin de stimuler ses exportations vers les US et l’Europe de façon déloyale. Conduisant les États-Unis à menacer le Vietnam de tarifications punitives, si ce dernier ne laissait pas fluctuer plus librement (et donc s’apprécier) sa monnaie contre le dollar.

Le burger le moins cher s’achète au Liban

À la date du dernier relevé, c’est au Liban que le Big Mac est le moins cher. Même si son prix a explosé pour atteindre 37 000 livres libanaises, la devise s’est effondrée dans le même temps. Il vous faudra 22 000 livres libanaises pour vous procurer un dollar, ce qui met le prix d’un Big Mac à 1,68 dollars. Cet énorme écart dans la parité du pouvoir d’achat est la conséquence directe du désastre économique que subit le Liban depuis quelques années.

La parité du pouvoir d’achat, quelle utilité pratique ?

Attention à s’attacher trop à la théorie !

Commençons par deux énormes avertissements. Premièrement, la sous- ou sur-évaluation d’une devise par rapport à une autre est difficile à mesurer avec précision. De l’aveu même de ses inventeurs, l’indice Big Mac en particulier ne donne qu’une vision très partielle de celle-ci. Il est né d’un désir de rendre le concept de la valeur relative entre monnaies tangible, mais n’a jamais eu pour vocation d’en donner une mesure scientifique.  

Deuxièmement, les écarts par rapport à la parité du pouvoir d’achat théorique peuvent être causés par de nombreux facteurs et perdurer pendant de très longues périodes. Les politiques monétaires et décisions politiques d’un pays peuvent notamment préserver voire même stimuler une sous-évaluation manifeste d’une devise par rapport à une autre. La Chine a ainsi déployé énormément d’efforts pendant plusieurs décennies pour contrôler le cours du yuan par rapport au dollar américain et à l'euro, afin de soutenir ses exportations, et ainsi sa croissance économique.

“Jouer” le change est complexe et risqué

Donc décider de ses placements principalement parce que vous anticipez un hausse d’une devise par rapport à une autre, est une stratégie d’investissement très risquée. Comme déjà évoqué, le cours de change réel peut s’écarter du cours de change théorique dicté par la parité du pouvoir d’achat pendant des années. Notamment sous l’effet de manipulations plus ou moins publiques de dirigeants politiques, difficiles à anticiper.

Tenir compte du risque de change

En revanche, nous sommes fans de toute approche d’investissement qui tient compte du risque de change. Nous vous avons souvent vanté les mérites de la diversification comme moyen efficace pour réduire ses risques. Ne pas mettre tous ses œufs dans un même panier nous semble une bonne approche, notamment pour les épargnants qui ne souhaitent pas consacrer trop de temps à la gestion de leurs placements. 

La diversification géographique, c’est-à-dire le fait d’investir dans des entreprises de pays et de continents différents, en fait partie. Mais elle s’accompagne d’un risque de change. Et rien que le fait de le reconnaître permet d’affiner la constitution et de mieux comprendre l’évolution de son portefeuille de placements. 

Loin de nous l’idée d’éviter tout placement qui expose l’épargnant au risque de change. Mais garder un œil sur la proportion des placements libellés en devises étrangères nous semble pertinent. Car leurs valeurs, exprimées en euros, fluctueront inévitablement avec l’évolution des cours de change.

Enfin, notez que même en investissant dans certaines actions ou fonds cotés en euros, vous prenez probablement un risque de change indirect. En effet, les bénéfices (exprimés en euros) des grandes multinationales comme L’Oréal, LVMH, Total ou encore Orange, actives sur plusieurs continents, dépendent aussi de l’évolution des cours de changes entre devises.

Si à chaque fois que vous commanderez un Big Mac, vous vous souviendrez que le change a un effet sur la valeur de votre épargne, et que son évolution est complexe à anticiper, mais qu’il subit l’influence de la parité du pouvoir d’achat sur des durées très longues, nous aurons réussi notre mission ! 


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