La FinTech en ébullition

Jul 22, 2021

La semaine dernière, la néo-banque Revolut est devenue l’une des sociétés technologiques non cotées les plus chères au monde. Un an seulement après une précédente levée de fonds en 2020, elle a bouclé un nouveau tour de table de... 800 millions de dollars. Ce qui porte sa valorisation à quelque 33 milliards de dollars. Pas mal pour une start-up créée en 2015 qui n’offrait au départ qu’une carte de débit “sexy” et des taux de change attractifs. 

Cette valorisation peut néanmoins surprendre. À 33 milliards de valorisation, Revolut, dont les dépôts ne représentent “que” 5,4 milliards d’euros, vaut presque le double de la Société Générale, qui en a 456 milliards ! 

Et cette dernière méga-levée de capitaux, n’est qu’un exemple parmi d’autres soulignant l’appétit en apparence insatiable pour les FinTechs. Alors comment expliquer cet engouement ?

Une demande forte, de tous bords

Chaque semaine qui passe voit l’éclosion d’une nouvelle licorne (ces start-ups dont la valorisation dépassent le 1 milliard d’euros). En France, les premières comme BlaBlaCar et Doctolib, se sont fait rejoindre par les Vestiaire Collective, BackMarket, mais aussi Alan (une assur-tech) et Ledger (spécialisée dans les crypto actifs). Aux USA ou au Royaume Uni, le rythme est encore plus soutenu. Et cela prouve une chose : les investisseurs ont faim. 

Les fonds VC adorent la FinTech

Dans ce contexte, le secteur de la FinTech, contraction de finance et de technology, semble connaître une phase particulièrement faste. La société d’analyse de données CB Insights a calculé que ce secteur a attiré 34 milliards de dollars, rien qu’au second trimestre de cette année. Un record. La FinTech attire ainsi un euro sur cinq investis par les fonds de capital risque, les fameux VC (se prononce à l’anglaise “vi-çi” — pour Venture Capital). 


Les acteurs traditionnels aussi

Mais l’intérêt pour la fintech ne se cantonne pas aux seuls fonds d’investissement. Les grandes banques et sociétés d’assurances, soucieuses de prendre le train en marche, s’arrachent des participations dans ces petites entreprises innovantes. L’acquisition de Treezor ou plus récemment de Shine par la Société Générale n’est qu’un des nombreux exemples de ces collaborations fructueuses.

Rien qu’au cours des derniers mois, Visa a déboursé 1,8 milliard d’euros pour acquérir Tink, une plateforme de paiement suédoise. Aux US, la banque JP Morgan s’est offert OpenInvest ainsi que le robo-advisor anglais Nutmeg. 

Mais se vendre à un acteur traditionnel n’est pas la seule issue possible. Raisin et Deposit Solutions, deux plateformes allemandes qui facilitent les liens entre banques et déposants ont par exemple décidé de fusionner récemment. 

De nombreuses introductions en bourse (prévues)

De l’autre côté du spectre, les investisseurs institutionnels et individuels (ou “boursicoteurs” si vous préférez) sont aussi très friands de ces sociétés financières. 

Le 7 juillet dernier, la société Wise (une fintech spécialisée dans le change de devises, anciennement connue sous le nom de TransferWise) s’est cotée à la bourse de Londres à une valorisation de plus de 9 milliards d’euros. D’autres opérations de ce type sont attendues avec la néo banque anglaise Monzo, ou le prêteur Sofi.

Dernier exemple assez amusant : la plateforme de micro trading Robinhood espère tirer 2,5 milliards de son imminente introduction en bourse (et se valoriser ainsi à plus de 30 milliards). Et des analystes estiment que les acheteurs du titre seront en grande partie des utilisateurs de l’app !

Bref, tout le monde, fonds de capital risque, grandes institutions financières, fonds de gestion et investisseurs individuels s’arrachent la FinTech

L’Europe a le vent en poupe

Il y a quelques années, l’histoire de la FinTech s’écrivait aux Etats-Unis et en Chine. Aujourd’hui, l’Europe rattrape son retard. À grands pas. En juin, Klarna, une société suédoise qui permet d’étaler ses paiements dans le temps, a été valorisée à 38 milliards d’euros. Avec l’opération récente de Revolut, deux des plus grandes sociétés non cotées au monde sont bien européennes.

Focus sur les start-ups matures

Dans le monde de la FinTech, quelques gros arbres cachent la forêt. Les montants gigantesques qui s’y déversent se concentrent notamment sur les acteurs les plus connus. Typiquement des “jeunes pousses” plus si jeunes que ça, comme l’appli de paiement Lydia en France ou son équivalent Mollie aux Pays-Bas. Normal : elles ont déjà plusieurs millions de clients, sont présentes à l’international et se rapprochent de l’équilibre financier (ou sont même devenues profitables pour certaines d’entre elles).

Une croissance portée par l’international

Fait marquant : les levées qui dépassent la centaine de million d’euros sont presque toujours emmenées par des fonds étrangers. Le chinois Tencent est ainsi entré au capital de Lydia, le Japonais Softbank a misé gros sur Klarna et Revolut et l’américain TCV a récemment investi dans la plateforme digitale de trading Trade Republic, d’origine allemande. 

Les FinTechs… rachètent des fintechs

Avec ces valorisations mirobolantes, les grandes FinTechs ont les moyens de commencer elles-mêmes à “chasser”. 

La plupart des start-ups ont fait leurs débuts en se concentrant sur un micro-segment de marché : le change de devises pour Revolut, les paiements entre particuliers pour Lydia, ou encore les paiements en ligne pour marchands pour Stripe. Elles se sont imposées sur leurs marchés en offrant un service plus performant et moins cher dans leurs niches respectives. 

Mais pour continuer à grandir, elles doivent maintenant faire le chemin inverse et passer du statut de spécialiste à celui de généraliste. Il leur faut amalgamer d’autres services annexes et devenir l’app à tout faire.

Ainsi, Lydia ne s’arrête plus aux paiements entre copains et a récemment lancé un service d’épargne, en partenariat avec … Cashbee !

Même combat pour Stripe, qui offre aujourd’hui des services périphériques allant de la gestion des impôts à la prévention de la fraude. Services portés par des fintechs que Stripe rachète maintenant à un rythme effréné : trois acquisitions depuis octobre dernier !


Les limites de l’exercice ?

S’agit-il d’un feu de paille, ou les FinTechs vont-elles durablement s’imposer ? Nous penchons fortement pour la seconde réponse, mais, comme toujours, avec quelques nuances.

La finance va continuer de se digitaliser

Si ce n’était déjà pas une certitude avant la crise sanitaire, il est désormais indéniable que la digitalisation de la finance (et plus largement, de toute l’économie) est in-arrêtable et irréversible.

Les grandes banques l’ont bien compris d’ailleurs, et leurs investissements technologiques pourraient, à terme, brouiller les frontières entre fintechs et acteurs traditionnels. Mais nous sommes convaincus que dans ce contexte certaines fintechs atteindront la masse critique pour s’imposer dans la durée.

Le mariage d’une fintech et une banque pas toujours heureux 

Les acquisitions de fintech n’ont pas toujours de fins heureuses. Au-delà de payer le prix fort (Visa a acheté Tink à un montant représentant 60 fois les revenus annuels de la start-up), un des risques majeurs est que l’acquisition tue l'agilité et la capacité d’innover de la jeune pousse. 

Sans tomber dans la caricature, le clash des cultures entre des entrepreneurs désireux de changer l’existant, d’une part, et des dirigeants de banque, généralement peu friands de risques, d’autre part, peut étouffer l’innovation et la croissance de la fintech. 

Ainsi, la néo-banque Simple a été fermée quelques années après son acquisition par la banque espagnole BBVA. En France, six ans après un rachat à 60 millions d’euros, le Crédit Mutuel Arkéa met en vente Leetchi, le spécialiste des cagnottes en ligne, et Mangopay, la plateforme de paiements.

L’impulsion des FinTechs pour faire évoluer la finance

Ce qui est certain, c’est que la digitalisation de la finance est en marche, et que les FinTechs y contribuent de façon de plus en plus significative et, selon nous, positive. Il n’est donc pas étonnant de voir de nombreux investisseurs s’y intéresser. Et si on est en droit de s'interroger sur les valorisations atteintes par certaines de ces jeunes entreprises, les volumes de transactions financières et des actifs financiers dans le monde nous font penser que les fintechs avec les meilleures idées et la meilleure technologie ont de beaux jours devant elles.

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