Elon Musk, Twitter et le danger des homonymes

Jan 25, 2021

Le 7 janvier, le très remarqué PDG de Tesla Elon Musk, recommande à ses 40 millions de followers d’utiliser la messagerie Signal. À l’origine de ce tweet, les annonces par le groupe Facebook que les données échangées sur sa messagerie Whatsapp pourraient être utilisées à des fins promotionnelles (quelle surprise !). 

Un Tweet à plusieurs millions

Immédiatement, les investisseurs de tous bords se ruent sur l’action Signal Advance (la seule qui contienne le mot Signal), estimant à juste titre qu’une telle caution, portée par l’un des hommes les plus riches de la planète, pourrait avoir des effets positifs sur les activités de l’entreprise, et donc sur son cours de bourse. 

Mais il y a un hic : la messagerie Signal est une association à but non-lucratif non côtée en bourse ! La société Signal Advance, elle, est une entreprise spécialisée dans les instruments médicaux. Rien à voir !

Dans la précipitation, bon nombre d’investisseurs individuels passent totalement à côté de l’info, et propulsent le prix de l’action de Signal Advance à +527% le jour même, et +91% le jour suivant. De 0,60$, l’action passe à 7,19$ en moins de 2 jours !

Plus 6400% en 3 jours, … avant la chute

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Malgré l’avertissement envoyé le 8 janvier sur Twitter par l’application Signal, soulignant qu’il n’y a aucun rapport entre elle et Signal Advance, l'engouement des petits porteurs se manifeste à nouveau le lundi 11. Le cours de bourse continue son envolée jusqu’à 38,70$ à son plus haut, valorisant alors la société à plus de 3,5 milliards de dollars.

Rendez-vous compte : Signal Advance est une entreprise tellement petite qu’elle n’est pas obligée de rendre public ses états financiers. En mars 2019, elle n’avait qu’un seul employé à plein temps, en la personne de son PDG, Chris Hymel. Et le prix de son action a systématiquement évolué sous la barre d’un dollar depuis 2015.

L’histoire se répète

Cette confusion entre Signal et Signal Advance est loin d’être la seule dans l’histoire de la bourse. En avril 2019, lorsque la société de visioconférence Zoom s’est introduite en bourse, l’entreprise homonyme Chinoise, Zoom Technologies, a vu son cours de bourse s’apprécier de 80% en deux heures. Puis retomber dans la foulée lorsque les acheteurs se sont rendus compte de leur erreur.

Six ans plus tôt, en attendant l’introduction en bourse de Twitter, les boursicoteurs ont fait grimper le prix de la société Tweeter Home Entertainment Group de plus de 1000%, toujours en se trompant de cible.

Un réveil douloureux pour les petits porteurs  

Ces histoires peuvent faire sourire. Qui est assez naïf pour ne pas vérifier au minimum le nom d’une entreprise dont on achète les actions ? Mais ces phénomènes de “mouvement de foule” ont sans doute coûté très cher à certains. Car dans le groupe, pour reprendre l’exemple de Signal Advance, il y en a forcément qui ont acheté le titre entre à 37$. Et ont vu leurs investissements redescendre brutalement à 6$ aujourd’hui.

Plusieurs enseignements clés pour les épargnants éclairés

La puissance des réseaux sociaux est redoutable à court terme

Plus récemment, le 26 janvier, le même Elon Musk a de nouveau frappé en faisant les louanges la marketplace Etsy. Dans une moindre mesure, le cours de l’entreprise (la bonne, cette fois !) a également sursauté... momentanément.

Ces exemples soulignent la puissance des réseaux sociaux, et la capacité qu’ont certains influenceurs à impacter l’évolution des marchés financiers… parfois de façon involontaire !

Mais cet impact ne se ressent le plus souvent qu’à court terme — quelques jours ou quelques heures tout au plus — et a tendance à se corriger tout aussi rapidement, lorsque les faits rattrapent la perception initiale. Dans le cas d’Etsy, on peut même se demander si cette soudaine exposition n’a pas fait plus de mal que de bien.

La puissance des petits porteurs

Ces mouvements brusques sont le plus souvent provoqués par un grand nombre d’ordres de taille modeste, émanant d’investisseurs amateurs (les “petits porteurs”). Si vous reprenez le graph d’Etsy, sous la courbe rouge figure une autre courbe qui représente le volume de transactions du titres, et on constate effectivement qu’il a explosé.

Le poids de ces petits porteurs a tendance à s’amplifier, à mesure que des outils rendent le “boursicotage” de plus en plus accessible. Là où le trading était auparavant réservé à quelques initiés, des applications comme Robinhood le rendent beaucoup plus simples, et permettent d'acheter un titre en quelques clics, sans commissions et pour des montants très faibles. La multiplication des forums de partage d’informations de marché et de “bon coups” font le reste.

En parlant de forums tiens ! Prenez la société GameStop, l’équivalent américain de MicroMania, une chaîne spécialiste en jeux vidéos. Elle avait tout d’une entreprise à la dérive : un réseau de 5000 commerces physiques, à l’heure de la dématérialisation du jeu vidéo, d’Amazon et du Covid-19. Les fonds d’investissement ont commencé à parier massivement contre une baisse du titre — ce qu’on appelle une vente à découvert, ou un “short” dans le jargon.

Mais c’était sans compter sur les membres du forum r/WallStreetBets, qui ont décidé de s’attaquer aux positions agressives de ces fonds, en faisant grimper le titre ! Le graph ci-dessous parle de lui même. 

Aujourd’hui, le titre côte à plus du double de sa valeur au début du mois. Tandis que Melvin Capital par exemple (l’un des principaux fonds vendeurs à découvert) a perdu 15% de sa valeur depuis le début de l’année. Le temps dira lequel des deux camps avait raison.

L’augmentation de la volatilité

Une des conséquences de ces évolutions est l’augmentation de la volatilité, c’est-à-dire la fluctuation brutale du prix d’un titre donné, selon les rumeurs et la tendance du moment. Ce qui rend la tâche de l’investisseur réfléchi, qui souhaite faire fructifier son épargne en prenant des risques mesurés, plus compliquée. Mais pas impossible, si l’on revient aux fondamentaux.

Pour l’adrénaline, allez au casino, pour l’épargne, soyez rationnels

Pour certains, ces fluctuations des cours de bourse sont très excitantes. Un peu comme un jeu de hasard dans lequel on espère simplement avoir de la chance.

Mais pour un très grand nombre d’épargnants, les montagnes russes sur les marchés financiers font peur. Et pour ceux-là, il n’y a pas de secrets, ni de raccourcis. Il faut effectuer des analyses, et savoir où l’on met ses pieds.

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