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Leçon 6 : Démystifier la peur du risque

Temps de lecture :
5
minutes

Le risque, ce concept que l’on croit connaître

Commençons par une définition du risque. Celui-ci désigne, en termes un peu techniques, la variabilité des rendements futurs d’un actif autour de sa moyenne attendue. Décomposons cette phrase pour la rendre plus digeste. La variabilité se mesure statistiquement par l’écart-type ou la variance des rendements ; deux notions formalisées par Harry Markowitz dans sa théorie du portefeuille (1952), qui lui ont valu le prix Nobel d’économie en 1990. Un actif très volatil est un actif dont le prix monte et descend fortement. Il est considéré comme risqué non pas parce qu’il fera nécessairement perdre de l’argent, mais parce que son comportement futur est incertain. 

À savoir : un actif peut être volatil et dégager, sur une longue période qui se mesure en années, une performance très supérieure à un placement dit “sans risque”, dont la performance est typiquement connue, mais très faible.

Différents types de risque : risque de marché, de liquidité, de contrepartie et d’inflation

Maintenant qu’on a abordé le concept de ce qu’est un risque, étudions les principaux types de risque qu’investisseur prend en plaçant son épargne dans des actifs risqués, comme les actions, les obligations, l’immobilier ou encore des fonds et des ETFs.

  • Le risque de marché, celui qu’on associé spontanément à la bourse, correspond aux fluctuations de prix.
  • Le risque de liquidité désigne l’impossibilité de récupérer son argent rapidement sans subir une décote.
  • Le risque de contrepartie survient lorsque l’émetteur d’un titre (une entreprise, un État) ne peut plus honorer ses engagements.
  • Enfin, le risque inflationniste représente la perte de pouvoir d’achat lorsque le rendement de votre placement est inférieur à la hausse des prix. 

La confusion entre ces catégories est à l’origine de nombreuses erreurs d’allocation d’actifs. L’épargnant qui fuit le risque de marché en plaçant tout sur un livret est en réalité exposé aux pertes en pouvoir d’achat.

Pour aller plus loin, consulter notre article sur les 6 biais psychologiques qui nous font perdre de l'argent.

Il n’existe pas de rendement élevé sans risque important. Cette relation, que l’on nomme couple risque/rendement, est la règle d’or de tout investissement. un actif potentiellement plus rémunérateur vous expose à une incertitude plus grande sur le résultat. C’est précisément pour cette raison que le fonds euros d’une assurance-vie, dont le capital est garanti, ne peut offrir que des rendements modestes. À l’inverse, une action peut doubler ou perdre la moitié de sa valeur en quelques mois : c’est le prix à payer pour accéder à une prime de risque long terme significative.

Cette relation n’est pas linéaire et elle n’est pas universelle pour chaque actif pris isolément : certains placements sont mal rémunérés par rapport à leur risque réel. L’objectif d’une allocation bien construite n’est pas de maximiser le rendement ni de minimiser le risque, mais d'optimiser le ratio entre les deux. C’est précisément ce que mesure le ratio de Sharpe que nous expliquerons plus loin.

Les supports pertinents pour investir sur le long terme

Le risque perçu : quand notre cerveau nous joue de tours

La psychologie comportementale, champ inauguré par Daniel Kahneman et Amos Tversky avec la théorie des perspectives (1979), a démontré que les êtres humains ne traitent pas les probabilités de manière rationnelle. Deux biais majeurs sont particulièrement actifs dans notre rapport à l’investissement.

Les biais cognitifs à l’oeuvre

L’aversion aux pertes (loss aversion) est le premier. Kahneman et Tversky ont montré que la douleur psychologique d’une perte est environ deux fois plus intense que le plaisir généré par un gain équivalent. Concrètement : perdre 100 euros fait “mal” deux fois plus que gagner 100 euros fait “plaisir”. Cette asymétrie pousse les investisseurs à surestimer la probabilité et la gravité des pertes, et à sous-estimer celles des gains.

Le second bois est la disponibilité heuristique (availability heuristic). Notre cerveau évalue la probabilité d'un événement en fonction de la facilité avec laquelle des exemples nous viennent à l'esprit. Un Krach boursier diffusé en boucle dans les médias nous paraît donc bien plus probable, et bien plus dévastateur, que la réalité statistique ne le justifie. À L'inverse, l’érosion silencieuse de l’inflation n’occupe aucune place mémorielle saillante, même si son impact cumulé sur dix ou vingt ans est souvent supérieur à celui d’un krach. 

Le biais de récence

Le biais de récence amplifie encore ce phénomène. Nous accordons un poids disproportionné aux événements récents dans notre anticipation de l’avenir. Après le choc de 2008 ou le plongeon de mars 2020, de nombreux épargnants ont estimé que les marchés allaient structurellement rester bas, et ont raté des phases de rebond historiquement puissantes.

Le risque perçu est donc un ressenti émotionnel et cognitif, fortement influencé par la représentation médiatique des événements, notre expérience personnelle et notre profil psychologique. Il ne correspond pas nécessairement à une évaluation objective des probabilités ni de la magnitude des pertes potentielles. Le reconnaître est le point de départ d’une gestion financière plus lucide.

Le risque réel : ce que les données disent vraiment

La distinction entre horizon court et horizon long est centrale. Sur une journée ou une semaine, un indice actions comme le CAC 40 peut perdre ou gagner plusieurs points. C'est là que la volatilité est la plus anxiogène. Mais les données historiques montrent que l'amplitude des pertes se réduit significativement à mesure que l'horizon de placement s'allonge.

Les marchés actions américains sur plus de deux siècles montrent qu'aucune période glissante de vingt ans n'a produit de rendement réel négatif pour un portefeuille d'actions diversifié. En France, les données de l'Institut de l'Épargne Immobilière et Foncière et les travaux de l'AFG convergent vers un constat similaire. 

Prenons un exemple chiffré

10 000 euros investis en 2004 sur un livret à rendement réel nul auraient toujours 10 000 euros nominaux en 2024. Les mêmes 10 000 euros investis dans un portefeuille diversifié sur les mêmes vingt ans, à un rendement compris entre 5 et 7% par an auraient, selon les données de Morningstar et des gestionnaires d'actifs, atteint entre 25 000 et 40 000 euros, dividendes réinvestis, selon l'allocation choisie. 

Le risque réel le plus souvent négligé n'est pas le risque de marché mais le risque de concentration : celui de détenir trop d'actifs d'un seul type, d'une seule zone géographique ou d'un seul émetteur. Un épargnant qui place l'essentiel de son patrimoine en immobilier parisien ou en actions américaines est objectivement plus exposé qu'un investisseur détenant un portefeuille mondialement diversifié.

Dépasser la peur : trois approches pour un rapport sain au risque

Se fixer un profil de risque honnête

La première étape est de distinguer votre capacité objective au risque, définie par vos revenus, votre patrimoine, votre horizon et vos charges, de votre appétence subjective au risque, qui reflète votre confort émotionnel avec la volatilité. Idéalement, votre allocation doit satisfaire les deux dimensions. Si vous êtes jeune, sans dettes et avec un horizon long, votre capacité objective est élevée ; si une baisse de 15 % de votre portefeuille vous empêche de dormir, votre appétence subjective est faible. Les deux informations sont légitimes et doivent être intégrées.

Accepter la volatilité comme une caractéristique, non comme un défaut

La volatilité est souvent présentée comme un ennemi à combattre. C'est une erreur de cadrage. La volatilité est le prix à payer pour accéder à la prime de risque long terme. Mieux : dans un horizon d'investissement régulier (par exemple en versements mensuels programmés), la volatilité peut devenir un allié grâce à l'effet de coût moyen d'achat (dollar-cost averaging) : en investissant une somme fixe régulièrement, on achète davantage de parts quand les prix sont bas, réduisant mécaniquement le prix de revient moyen.

Mesurer, pas ressentir

La meilleure protection contre le risque perçu est l'information objective. Des indicateurs simples comme le ratio de Sharpe, qui mesure le rendement obtenu par unité de risque supportée qui indique la perte maximale enregistrée sur une période donnée, permettent de comparer des investissements sur des bases rationnelles plutôt que émotionnelles.

Le VIX (CBOE Volatility Index) est souvent appelé « l'indice de la peur ». Il mesure la volatilité implicite anticipée sur les trente prochains jours par les options du S&P 500. Quand il dépasse 30, les marchés signalent une forte incertitude ; en dessous de 20, le calme domine. Ce qui est instructif : les pics de VIX (2008, mars 2020, octobre 2022) coïncident avec les moments où l'aversion aux pertes est la plus intense et souvent avec les meilleures opportunités d'entrée pour les investisseurs patients.

Ce qu’il faut retenir

Le risque n’est pas une entité à fuir à tout prix. C’est au contraire, une variable à comprendre, à mesurer et à calibrer en fonction de sa situation personnelle et de son horizon. Notre perception spontanée du risque est biaisée. Nous surévaluons le risque de marché visible et sous-évaluons le risque inflationniste invisible. Accepter une dose de risque réel, bien  calibrée, dans un portefeuille bien diversifié et adapté à son horizon de placement, est la condition nécessaire pour que l’épargne de long terme remplisse sa mission : préserver et accroître votre capital.

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