Cannabis : le meilleur rendement financier depuis le début de l’année !

Pour être un peu plus précis que notre titre, forcément un peu accrocheur, un fond dédié uniquement aux investissements dans les producteurs et distributeurs de cannabis a vu son cours s’envoler et augmenter de 50% sur les 2 premiers mois de l’année. Il s’agit d’un ETF (lire notre article “Dis papa, c’est quoi un ETF?”), le Horizons Marijuana Life Sciences Index fund, qui démontre l’engouement actuel des investisseurs pour des ETF dits thématiques, dans ce cas précis celui de l’industrie de la marijuana. C’est à chacun de se faire son opinion sur la moralité de cette industrie, encore interdite dans de nombreux pays développés, mais cet exemple nous permet d’illustrer comment le marché évalue les industries disruptives ou nouvelles, pour lesquelles l’opportunité est théoriquement grande, mais les risques potentiels élevés.

Les “visionnaires” du début

Typiquement, pour toute idée révolutionnaire ou industrie nouvelle, certains investisseurs courageux cherchent à se positionner le plus tôt possible afin de bénéficier pleinement d’une future adoption massive du nouveau concept ou produit, souvent en dépit des obstacles évidents du moment. Ils prennent ainsi le risque de tout perdre si leur pari n’est pas gagnant. Dans le cas du cannabis, s’il n’était pas compliqué de percevoir l’appétit potentiel des consommateurs pour le produit (encore fallait-il pouvoir l’estimer), l’investissement initial impliquait de croire à la légalisation d’un produit encore interdit à la commercialisation, et souvent à la consommation, presque partout dans le monde sous peine d’amende ou même d’emprisonnement.

L’élément déclencheur

Les premières sociétés productrices de cannabis se sont cotées en bourse au Canada lorsque la probabilité d’une légalisation du produit a commencé à croître. Ceci a automatiquement attiré l’attention de certains spécialistes, comme par exemple les départements de recherche des grandes banques d’investissement qui suivent les sociétés cotées et qui ont commencé à publier des “rapports de recherche”, assortis de recommandations à l’achat ou à la vente. Le nombre d’investisseurs impliqués dans ce secteur naissant a commencé alors naturellement à grandir.

En 2018, lorsque le Canada est devenu le second pays au monde après l’Uruguay à autoriser l’utilisation du cannabis à des fins de loisir : les cours des actions de ces sociétés se sont envolés, allant jusqu’à quadrupler pour certaines, selon le Financial Times. Et ce n’était pas tant du fait de la taille du marché canadien, mais davantage par anticipation d’une légalisation progressive aux Etats-Unis. En effet, ce qui motive les acheteurs d’actions de ce type - lorsque l’adoption du produit semble se dessiner - c’est de parier sur la taille d’un potentiel marché, idéalement juste avant que celui-ci ne se développe réellement.

La validation de la thèse d’investissement conduit à l’élargissement du marché

C’est ce qui est arrivé lorsque dix états américains ont légalisé le cannabis à des fins de loisir et trente-deux états l’ont autorisé à des fins médicales. Certains pays européens comme l’Allemagne ou le Danemark en ont fait autant. Le cannabis et son utilité médicale ont capté l’attention de la presse populaire et financière, notamment lorsque l’été dernier la maman du jeune Billy Caldwell s’est vu retirer à l’aéroport de Heathrow l’huile de cannabis qu’elle avait apportée pour traiter les crises d’épilepsie fréquentes de son fils.

Au-delà d’une plus grande notoriété auprès du grand public grâce à la presse, c’est aussi l’implication de groupes internationaux de grande consommation qui a stimulé l’intérêt d’un nombre grandissant d’investisseurs. Lorsqu’un groupe comme Constellation Brands, producteur des bières Corona et Modelo acquiert une part conséquente (38% en l’occurrence) de la société Canopy Growth Corp. (dont le symbole en bourse est WEED!) pour 4 milliards de Dollars, cela crédibilise le secteur et conduit naturellement des investisseurs plus traditionnels (assureurs, fonds de pension) à dédier une partie de leurs ressources et de leurs actifs sous gestion au secteur.

Les ETF signalent l’arrivée à une certaine maturité

Malgré cet engouement de plus en plus généralisé, il n’en demeure pas moins que les performances des différents acteurs du secteur ont été très différentes, menant à des parcours boursiers de leurs actions tout aussi disparates. Par ailleurs, et comme c’est fréquemment le cas dans des industries en plein développement, les fluctuations des cours de bourse de ces sociétés du cannabis, même pour les meilleures, ont été volatiles, avec des écarts à la hausse ou à la baisse pouvant régulièrement dépasser plusieurs pourcents par jour. Et c’est là où un fonds dédié (dans un format ETF par exemple) permet à des investisseurs moins sophistiqués de néanmoins investir via une exposition diversifiée dans un secteur qui les attire - le fonds étant investi uniquement dans des entreprises actives dans le secteur du cannabis. Ce type de fonds ne se crée que lorsqu’il existe suffisamment de sociétés cotées, actives dans le secteur visé et dont les actions s’échangent dans des volumes suffisants pour assurer une certaine liquidité. En d’autres termes, la création d’un fonds dédié signale une certaine maturité du secteur. C’est ainsi que le gestionnaire de fonds Horizons a décidé de créer son Horizons Marijuana Life Sciences Index fund, dont le cours a pris 50% depuis le début de l’année, le classant ainsi parmi les ETFs les plus performants, toutes classes d’actifs confondues, selon le Financial Times.

En conclusion, le développement récent et très rapide de l’industrie (légale) de la production et de la commercialisation du cannabis permet d’illustrer les phases successives que traversent généralement des industries nouvelles, avant d’atteindre une certaine maturité, les exposant au “grand public”. Cela va des débuts hésitants, où à cause du nombre d’obstacles à surmonter, seuls quelques investisseurs pionniers s’y risquent, à l’implication progressive d’investisseurs institutionnels traditionnels et de grands groupes industriels. Ce n’est qu’après la cotation en bourse de plusieurs acteurs dans la même industrie que sont généralement créés les produits permettant à des investisseurs individuels, désireux de “jouer le thème”, mais ne possédant pas l’expertise ou le temps pour analyser les sociétés actives dans le secteur une par une, d’y participer. Attention, l’apparition de fonds thématiques de ce type ne signifie pas nécessairement qu’un secteur sera porteur et qu’un investissement dans ces produits sera automatiquement gagnant. Le fond Horizons a certes délivré un performance impressionnante de +50% sur les deux derniers mois, mais il avait perdu 40% de septembre à décembre 2018 !

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